France Télévisions, BBC, ITV, Channel 4… ont-ils raison de signer avec YouTube ?

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France Télévisions, BBC, ITV, Channel 4… ont-ils raison de signer avec YouTube ?
Ils ont laissé entrer ce cheval… vous ne devinerez JAMAIS la suite 😱

On se souviendra tous où on était le 23 avril 2026 quand France Télévisions a franchi un Rubicon : 20,000 heures de programmes par an postée sur YouTube, l'intégralité des journaux et magazines d'info. On se souvient aussi tous de l'hostilité légendaire des diffuseurs vis à vis de Youtube et de leur volonté de sanctuariser à tout prix (même parfois à coup de procès ou de déclarations publiques) leurs actifs audiovisuels. Alors il s'est passé quoi pour que ça change à ce point ? France Télévisions, BBC, ITV, CMA, Channel 4 et la suite vous surprendra certainement :)


Et oui c'est la réalité, il y a quelques années, les chaînes mettaient leurs contenus sur YouTube comme on pose un flyer sur un pare-brise. Une bande-annonce, un extrait, un best-of, une interview bonus...rien de plus.

En 2026, on casse le pare-brise : France Télévisions annonce un partenariat stratégique avec YouTube autour de l'information, la BBC signe un "landmark deal" pour produire des contenus pensés pour YouTube. ITV transforme la plateforme en canal de distribution et de monétisation. Channel 4 a fait le chemin depuis 2022, avec des épisodes entiers, une régie dédiée, et 306 millions de livres de revenus publicitaires digitaux en 2024 (soit 30 % de ses revenus totaux, yes sir). Et avant France Télévisions, en France CMA Media (BFM, RMC, Brut) avait déjà signé en janvier 2026 un accord pour 1 000 heures de contenus annuels et 30 formats originaux.

On va pas se refaire le débat "Faut-il travailler avec Youtube ?" ou "Est-ce que les diffuseurs doivent aller sur YouTube ? Spoiler, ils y sont déjà. On va parler aujourd'hui de ça : à partir de quand une stratégie de distribution devient-elle une stratégie de dépendance ? Et inversement, à partir de quand refuser YouTube devient-il une forme de déni industriel ?


Qu'est ce qu'il s'est passé le 23 avril ?

L'accord France Télévisions x YouTube c'est un changement d'échelle :

  • 20 000 heures de programmes par an mises en ligne, accessibles rapidement après la diffusion antenne, c'est ce que confirme AnimFrance, le Sedpa, le SPI et l’Uspa dans leur communiqué conjoint sur le sujet,
  • L'intégralité des éditions d'information nationale et locale, plus tous les magazines quotidiens et hebdomadaires d'actualité et d'investigation phares Complément d'enquête, Envoyé spécial, 13h15 le dimanche, le 20h, la matinale, les éditions régionales, tout y passe,
  • Une éditorialisation renforcée avec des chaînes thématiques YouTube et des contenus 100 % natifs,
  • France TV Publicité commercialisera directement ses inventaires sur la plateforme, ce détail est assez crucial, on y reviendra,
  • déploiement de Likeness ID, l'outil YouTube de détection des deepfakes IA utilisant l'image ou l'identité de personnalités sans leur consentement.

Le contexte stratégique est explicite :

France Télévisions revendique une stratégie « streaming first ». YouTube revendique 43 millions d'utilisateurs mensuels en France, dont plus d'un sur deux qui s'y informe. Et selon l'étude annuelle Arcom / Médiamétrie / CSA publiée début avril 2026 quelques semaines avant l'accord:

  • 48 % des Français de 15 ans et plus utilisent YouTube au moins une fois par semaine ;
  • 69 % chez les 15-24 ans,
  • 64 % chez les 25-34 ans.
  • Et surtout : 67 % des utilisateurs YouTube regardent désormais la plateforme sur leur téléviseur,
  • Et 27 % ont YouTube comme premier réflexe en allumant la télé avant toute chaîne classique.
  • Chez les 15-24 ans, ce chiffre grimpe à 36 %.

Autrement dit : pour plus d'un tiers des jeunes, YouTube est déjà la première chaîne de télévision. On ne parle vraiment d'une option de seconde fenêtre, c'est LE réflexe d'accès.

Ce n'est pas non plus un coup isolé pour France Télévisions. À l'été 2025, le groupe avait signé un accord de distribution avec Amazon Prime Video. Et dès juillet 2025, en conférence de rentrée, Delphine Ernotte avait annoncé sa volonté de « renforcer » les partenariats YouTube pour atteindre les jeunes générations. Ce qui se passe en avril 2026, c'est l'aboutissement d'une trajectoire, sur laquelle France TV Publicité organisera d'ailleurs un événement annonceurs dédié au siège du groupe le 2 juin prochain (stay tuned).

Ce mouvement est européen pas franco-français et il est cohérent, retour sur la chronologie :

  • Janvier 2026 : CMA Media (BFM, RMC, Brut) ouvre la voie en France : 1 000 heures par an, 30 formats originaux pensés pour YouTube, commercialisation conjointe avec la régie YouTube. CMA vise +50 % d'audience et un doublement des revenus publicitaires.
  • Janvier 2026 : BBC : landmark deal pour produire des contenus originaux pour YouTube, en entertainment, info et sport, avec démarrage autour des Jeux olympiques d'hiver. BBC Studios génère déjà environ 15 milliards de vues par an sur YouTube. La BBC précise explicitement qu'elle ne met pas tout sur YouTube, elle crée pour la plateforme.
  • Avril 2026 : France Télévisions.

La grogne de la filière, qu'est ce qu'on en pense ?

Six jours après l'annonce, le 29 avril, quatre syndicats de producteurs et de distributeurs, l'USPA, le SPI, AnimFrance et le Sedpa, publient un communiqué commun parlant d'un « accord à haut risque ». Isabelle Degeorges, présidente de Gaumont Télévision et vice-présidente de l'USPA, alerte aussi sur linkedin.

« le service public vient renforcer et légitimer un acteur américain, qui reste un passager clandestin dans le cadre de la régulation européenne ». Et de prévenir : « A moyen terme, de tels accords viennent saper la capacité des éditeurs historiques à atteindre directement le public sans intermédiaire, en les réduisant à de simples fournisseurs de contenu pour YouTube, dont l'algorithme décidera seul de leur visibilité. »

L'accusation tient en quatre arguments. On va les examiner un par un. C'est LE dossier de la semaine.

MAIS avant d'attaquer le dossier, petite parenthèse, parlons d'argent

C’est la 20e édition de SIGNAL, déjà ??? 20 semaines. Plus de temps que je ne l'aurais imaginé, plus de lecteurs aussi, merci encore !

À partir de cette semaine, je teste une version freemium.

Ce qui ne change pas. Le dossier, celui que vous allez lire, et tous ceux qui suivront, reste gratuit. C'est mon commentaire personnel et documenté sur des trucs à l'intersection de la creator economy et de l'audiovisuel. Cette partie-là qui doit et va rester ouverte et gratos, amen.

Ce qui arrive avec SIGNAL+

(oui pas un énorme brainsto sur le naming avec l'équipe marketing de Signal j'avoue).

La suite de l'édition (à la fin du dossier) passe derrière un paywall, à un prix abordable MAIS qui tient compte de la valeur travail (sans déconner).

Ce qu'il y a dans SIGNAL+ cette semaine ?

(lien d'abonnement plus bas)

  • 🎁 L'EXCLU : Squeezie X Banijay, une interview EXCLUSIVE par la négociatrice en cheffe du deal avec Banijay, Helen Cooper Greatorex, Head of Format Acquisitions at Banijay Group en direct de London, pas mal non pour un premier numéro ?
  • 🎯 LA STORY, une histoire dingo !? Khaby Lame & le milliard fantôme. Comment un créateur à 162M d'abonnés a fait grimper une coquille vide cotée en bourse de 50M à 16 milliards de dollars en cinq jours. Et perd tout...wait what ?
  • 📉 L'ANALYSE, Beast Games saison 2, le flop à 150M$ ? Selon notre analyse Signal+, Beast Games arrive bien plus bas que prévu dans le classement sur Amazon.
  • LE SHOT, les infos qui rebattent les cartes cette semaine : YouTube devient l'infrastructure d'audience de la NASA, le UK reconnaît enfin les créateurs, M6+ s'invite dans ChatGPT, Disney prépare sa super app, le State Department finance des relais anti-DSA en Europe et Banijay rachète le format le plus ambitieux de Squeezie. CQFD
  • 🎬 LE SCREENING, les vidéos à ne pas louper. Le Parc des Princes pour Eleven All Stars 2, LA série d'animation Youtube déjà sold out dans toutes les salles de France, le retour fracassant de "Rentre dans le Cercle" par Fianso, le retour de Wil Aime et "comment faire disparaître un corps avec EGO"...
  • 💰 LE WALLSTREET, les chiffres, mouvements, M&A : un acteur majeur de la production recapitalisé par son fond, un acteur audio digital lève 15M$, Banijay sur The Independents ? et une vague de licenciement chez le plus gros producteur indépendant au monde.
  • 🤫 LE CHUT, un animateur producteur présent aussi sur Youtube, cherche 3 millions pour sa chaîne.

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DOSSIER : à partir de quand refuser YouTube dans la stratégie d'un diffuseur/média devient-il une forme de déni industriel ?

Argument 1 : « Il faut aller là où sont les publics »

C'est vrai. Et c'est même le point que les diffuseurs ne peuvent plus contourner.

YouTube n'est plus une plateforme de créateurs. C'est un environnement de consommation vidéo massif, y compris sur téléviseur. Au Royaume-Uni, The Guardian rapportait fin 2025 que YouTube avait dépassé la BBC en audience selon Barb : 52 millions de personnes regardant YouTube sur TV, smartphone ou ordinateur, contre 50,9 millions pour la BBC.

En France, l'étude Arcom 2026 déjà évoqué plus haut confirme que la même bascule est en cours : 36 % des 15-24 ans allument YouTube avant toute chaîne classique en s'installant devant la télévision et 77 % des utilisateurs regardent des vidéos de plus de 30 minutes, 85 % chez ceux qui passent par la TV. Le récit selon lequel « YouTube, c'est juste des shorts » n'est plus réel.

Pendant longtemps, les chaînes ont cru que YouTube était un problème de marketing. Aujourd'hui, c'est un problème de distribution. Et plus précisément : un problème existenciel !

Si vous n'êtes pas dans les flux, vous n'existez plus pour une partie du public et ni parce que votre marque est faible ou parce que vos programmes sont mauvais mais tout simplement car le réflexe d'accès a changé.

Le paradoxe est donc simple : France Télévisions a raison d'aller sur YouTube parce qu'elle n'a pas vraiment le choix. Mais c'est précisément parce qu'elle n'a pas le choix que le deal apparaît dangereux.

Argument 2 : « YouTube capte la donnée, la relation et l'accès »

C'est assez vrai aussi.

Quand France Télévisions publie sur france.tv, elle maîtrise la donnée, l'environnement, le parcours, l'abonnement, la recommandation interne, la relation directe.

Quand France Télévisions publie sur YouTube, elle gagne en reach, mais elle accepte un intermédiaire. Cet intermédiaire connaît les usages, organise la recommandation, contrôle l'interface, impose ses formats, ses règles, ses métriques, ses conditions commerciales et ses évolutions produit.

Sur ce point, un des dirigeants de Channel 4 a livré au Royaume-Uni la formule la plus honnête qu'on ait entendue dans le secteur. Interrogé sur la stratégie YouTube de la chaîne, Ian Brooke reconnaissait :

« We've had to be very careful in the content we put on YouTube. We've tried as far as possible to enhance our reach incrementally, but that's a temporary strategy, effectively, because in the end we're giving away so much revenue. »

« Nous donnons tellement de revenus » et « cette stratégie ne peut être que temporaire ». Je retiens ces 2 idées qui viennent d'un broadcaster qui pourtant réussit sur YouTube, Channel 4 a triplé ses vues d'épisodes complets en 2024 et dépassé les 110 millions de vues organiques, mérite d'être méditée à Paris, 15eme arrondissement.

C'est là que l'argument des syndicats de producteurs est le plus fort : le risque est stratégique.

Ce n'est pas seulement « France Télévisions va gagner moins d'argent sur YouTube ». C'est : France Télévisions pourrait apprendre à exister dans un espace où elle ne contrôle ni la porte d'entrée, ni la lumière, ni les règles de circulation. Et si YouTube devient progressivement le premier accès à l'information vidéo en France (ce qui semble en cours) alors la question n'est plus « où publier ? ». Elle devient : qui organise la visibilité de l'information de service public ? Et en fonction de quels critères ? Quels labels ? Quels choix ? Uniquement celui de l'audience ?

Argument 3 : « L'algorithme peut invisibiliser »

Dire « l'algorithme décidera » est vrai mais aussi très insuffisant. Tous les distributeurs décident déjà, une grille de programmes décide, une page d'accueil décide, un EPG décide, une box opérateur décide, une application décide et oui même une conférence de rédaction décide.

La différence, c'est que l'algorithme YouTube décide à une échelle, avec une forme d'opacité et de plasticité incomparables. Il peut favoriser un format, puis un autre. Un rythme, puis un autre. Une durée, une miniature, un ton. Et surtout, c'est surtout ça qui pose question, il ne sert pas d'abord une mission éditoriale. Il sert une optimisation d'usage. Ce n'est pas immoral, c'est juste son modèle.

Alors une chaîne publique ne peut pas traiter YouTube comme une simple tuyauterie. YouTube n'est pas un tuyau. C'est un programmateur mondial sans grille officielle.

L'autre élément qui doit alerter, c'est la trajectoire commerciale. YouTube a généré plus de 50 milliards de dollars de revenus en 2024, dont 10,47 milliards rien qu'au quatrième trimestre, record historique. La plateforme capture désormais 11,1 % du temps de visionnage TV connecté aux États-Unis selon Nielsen, devant Netflix (8,5 %). Le taux de croissance des revenus publicitaires est de 13,8 % sur un an. Aucun broadcaster traditionnel ne tient cette cadence.

Ce que cela signifie en pratique : la valeur publicitaire migre, et l'écart se creuse et la dépendance économique à un acteur américain aussi. Attention je ne diabolise pas j'essaie de poser les forces en présence.

Argument 4 : « YouTube ne joue pas avec les mêmes règles »

Largement exact.

La directive SMA couvre les télévisions, les SMAD et les plateformes de partage de vidéos, mais elle pose surtout un socle minimal, protection des mineurs, promotion des œuvres européennes, communications commerciales. Les États peuvent imposer plus aux services qui relèvent de leur compétence.

En France, les plateformes comme YouTube sont bien soumises à une fiscalité vidéo, mais avec un mécanisme d'abattement très favorable pour les services donnant accès à des contenus créés par des utilisateurs privés (on en a déjà parlé). Comme le rappelle le SPI, YouTube n'a en outre aucune obligation de préfinancement de la création. L'asymétrie est donc structurelle. Les chaînes et les plateformes ne sont pas soumises aux mêmes obligations de financement, aux mêmes contraintes éditoriales, aux mêmes obligations d'exposition, ni aux mêmes règles historiques de contribution à la création.

Un diffuseur public peut avoir raison de signer avec YouTube. La filière peut avoir raison de dire : YouTube n'est pas suffisamment régulé. Les deux peuvent être vrais en même temps.

Vous remarquez les illustrations bien soignées ?

Ce qu'on aimerait savoir et que le communiqué de FranceTélévisions ne dit pas ?

Sur les données. Le texte officiel est silencieux sur la question de la donnée d'audience et de la donnée utilisateur. Aucune mention d'un mécanisme de partage qui permettrait à France Télévisions de capter de la donnée comportementale exploitable côté france.tv. Or c'est précisément le levier le plus important. Si les vues YouTube ne nourrissent pas la connaissance directe du public, elles produisent du reach… au profit de YouTube exclusivement.

Sur la valeur ajoutée éditoriale. L'accord parle de « contenus 100 % natifs » mais sans engagement chiffré. Combien de formats originaux ? Avec quels budgets ? Produits par qui ? Sur ce point, l'accord BBC est plus précis (focus initial sur l'audience BBC 3, partenariat de formation aux côtés du gouvernement britannique) et celui de CMA Media aussi (30 formats originaux annoncés). France Télévisions reste assez vague. Peut être on en saura plus en juin ?

Sur la durée et les conditions de sortie. Aucune information publique sur la durée de l'accord, ni sur les conditions dans lesquelles France Télévisions pourrait reprendre la main si l'algorithme évoluait défavorablement. Or YouTube a un historique : la plateforme a été critiquée au Royaume-Uni après avoir suspendu sa participation à une mesure d'audience Barb permettant de comparer ses audiences à celles des diffuseurs et streamers. The Guardian rapporte que Google a envoyé des lettres de mise en demeure à Barb et Kantar, quelques mois après l'intégration de 200 chaînes YouTube dans cette mesure.

Sur le partage de revenus. Aucun chiffre. On sait que France TV Publicité commercialise directement ses inventaires, c'est le bon réflexe, mais le split avec YouTube n'est pas public. Pour comparaison : Channel 4 a réussi à passer de 27 % à 30 % de revenus digitaux entre 2023 et 2024 grâce notamment à YouTube, mais reste déficitaire (-2 millions de livres en 2024). La BBC, elle, a admis monétiser uniquement le hors-UK (les contenus regardés en dehors du Royaume-Uni portent de la publicité). Le modèle économique de France Télévisions sur YouTube reste à clarifier.


Creepy (mais vrai visuel non réalisé avec l'ia)

Alors bien ou bien ce deal ?

On va sortir du réflexe binaire « France Télévisions est nul » (hyper à la mode en ce moment, on en parlera une autre fois, ya trop de trucs à dire) contre « France Télévisions est moderne ».

Je pose ici une proposition de "doctrine" (carrément) pour tenter d'aider, encore une fois, je propose même si personne ne m'a demandé hein.

Signer avec YouTube c'est évidemment pertinent, à condition de conserver quatre choses et de tester 1 chose peut être.

  1. La hiérarchie stratégique. YouTube doit rester un canal d'exposition (même si il est bcp plus gros qu'avant), pas le centre de gravité. Le centre de gravité, c'est france.tv.
  2. La maîtrise éditoriale. Adapter les formats, oui. Laisser la plateforme définir seule ce qui mérite d'exister, non. C'est plus délicat ça, car on va avoir tendance à regarder les "analytics" du Youtube Studio et peut être trop regarder les trends pour définir les lignes.
  3. La donnée. La présence sur YouTube doit servir à renforcer la relation directe avec france.tv, pas à l'affaiblir. Autrement dit comment utiliser Youtube comme un canal d'acquisition bien pensé pour le service public.
  4. La régulation. Aller sur YouTube ne doit pas empêcher d'exiger de YouTube une contribution accrue à l'écosystème. Négocier et réguler en parallèle reste essentiel.

Et une idée au passage à tester :

Au lieu de tout envoyer sur YouTube pour aller chercher de nouveaux publics, une autre piste serait peut-être d’intégrer directement, sur les plateformes des diffuseurs linéaires, une sélection éditorialisée de contenus de créateurs. Pour les créateurs, ce serait un relais de distribution et de monétisation supplémentaire. Pour les diffuseurs, l’accès à un catalogue plus jeune, plus incarné et plus réactif. Un équilibre potentiellement gagnant-gagnant. D’autant que les diffuseurs ne peuvent pas, du jour au lendemain, transformer leurs méthodes de production pour augmenter massivement leur volume de contenus. Là où les créateurs ont justement développé une capacité à produire un flux plus régulier, plus agile, plus “casual”, capable de coller aux usages et aux rythmes des plateformes.

Enfin une précision sur la méthode British :

Channel 4 n'a pas « mis des vidéos sur YouTube ». Ils ont construit une équipe, une régie, une stratégie de distribution, des formats sociaux, et une marque digitale dédiée Channel 4.0, leur chaîne YouTube pensée pour les moins de 25 ans, qui a doublé ses vues en 2024. Certains formats créés pour Channel 4.0 (Tapped Out avec Nella Rose) sont ensuite devenus des productions linéaires. C'est exactement l'inverse de la logique habituelle : ils utilisent YouTube comme R&D éditoriale pour la TV.

ITV fait pareil, jusqu'à vendre la publicité de contenus tiers comme Banijay. Les Britanniques ne vont pas sur YouTube comme éditeurs. Ils essaient d'y aller comme opérateurs.

Mais on en prend le chemin ici aussi rassurons nous quand on lit "France TV Publicité commercialisera directement les inventaires". Ça veut dire que la régie publique ne se contente pas de toucher une part du gâteau YouTube, elle revendique la maîtrise commerciale de ses propres contenus dans cet environnement. ITV-style, donc. Reste à savoir si cette maîtrise s'étendra à l'éditorial, à la donnée, aux formats natifs, ou si elle restera un vernis commercial sur une dépendance algorithmique.

British do it better ? Ce que la BBC fait mieux et ce qu'on pourrait copier

La BBC ne fait pas exactement la même chose que France Télévisions.

Elle ne met pas tout sur YouTube. Elle produit des contenus pensés pour YouTube, disponibles aussi sur ses propres plateformes (iPlayer, BBC Sounds). Sa stratégie cible explicitement BBC 3, la marque la plus jeune de la BBC. Et le partenariat inclut un volet « upskilling » pour former des créateurs UK aux côtés de YouTube, en cohérence avec le Creative Industries Sector Plan du gouvernement britannique.

C'est peut-être là la meilleure doctrine :

Ne pas exporter la télévision vers YouTube. Produire des formats YouTube qui renforcent la marque publique, et négocier un volet industriel en parallèle.

Ce n'est pas pareil. Dans un cas, YouTube devient une seconde fenêtre. Dans l'autre, YouTube devient un laboratoire d'audience, de talent, d'écriture, de recommandation, d'incarnation et un terrain de négociation sur la formation et l'investissement local.

Extrait du rapport AMPERE ANALYSIS "Rethinking reach: YouTube’s evolving role for UK broadcasters" :

Le principal avantage pour les groupes médias présents sur YouTube est démographique : au T1 2025, 85 % des 18-24 ans regardaient YouTube chaque mois. Pour toucher cette audience, Channel 4 développe des contenus pensés pour les plateformes sociales via sa chaîne @Channel4.0 et son studio 4Studio : formats incarnés par des influenceurs, dating shows, expériences sociales ou challenges.
La stratégie semble fonctionner : Channel 4 revendique 166 millions de vues sur YouTube en 2024 pour @Channel4.0, en hausse de 85 % sur un an. Malgré son expansion vers Spotify, YouTube reste la plateforme centrale de cette stratégie.
Alors que le débat continue sur la question “YouTube est-il la nouvelle télévision ?”, les diffuseurs britanniques constatent surtout qu’une forte présence sur la plateforme permet de toucher un public qui ne regarde plus la télévision linéaire ni leurs plateformes propriétaires.

Mais attention là aussi personne ne joue avec les mêmes cartes, là ou FranceTélévisions ne détient pas toute ces propriétés intellectuelles, marques issues de ces programmes, la BBC elle avec le système du copyright a les mains beaucoup plus libres et peux remonter plus de valeur. On saisit bien là donc la difficulté d'un FTV pris entre les producteurs qui veulent plus de droits et une distribution décomplexées ET le sens du marché et de la consommation de contenu qui va vers un mode "tout Youtube".

L'accord France Télévisions semble combiner partiellement les deux logiques natif et replay : 20 000 heures de contenu antenne plus des contenus 100 % natifs. Sur le papier, c'est plus ambitieux que la simple syndication. Mais l'accent mis sur le volume (20 000 heures, c'est gigantesque) et l'absence de volet industriel public (formation, contribution à la création, engagement chiffré envers la filière) laisse penser que le rapport de force a penché côté plateforme. La BBC a obtenu un vrai deal. France Télévisions semble avoir obtenu une distribution avantageuse.

Merci d'être là depuis le début et lire !

ET pour ceux qui voudront s'abonner à SIGNAL+ c'est juste là plus bas moyennant une modeste contribution, à vot' bon coeur.

ET je vous ai dit que je fais un earlybird jusqu'à la fin de la semaine -50% ?

ET tu peux t'abonner en clickant sur abonne-toi OU continuer de lire cette édition et être stoppé en plein vol par la mention "only visible to members", la frustration sera tellement intense que tu payeras pour lire la suite.

(ici commence le preview de la première édition Signal+, je vous préviens ça va être un niveau de frustration inégalé)

SIGNAL+ / Édition #1


🎁 EXCLU

Interview EXCLUSIVE par la négociatrice en cheffe du deal avec Banijay, Helen Cooper Greatorex, Head of Format Acquisitions at Banijay Group en direct de London.

Oui on a tous vu passer cette news largement commenté partout "Banijay Entertainment Boards Digital-First Format Stop The Train : All-new high-stakes format from Unfold Production joins Banijay Entertainment’s premium third-party portfolio". Le géant des médias et du divertissement Banijay Entertainment a annoncé avoir acquis les droits mondiaux du format de Stop The Train, un jeu d’aventure à concept innovant produit par Unfold Production. Créée par le YouTubeur français Squeezie et le réalisateur Théodore Bonnet, la série a été lancée sur YouTube l’an dernier avec un casting d’influenceurs français.
J'ai eu la chance de rentrer en contact avec Helen Cooper Greatorex qui a négocié et signé le deal, elle est en charge des acquisitions de format pour tout le groupe Banijay et j'ai pu, en exclu pour Signal+, lui poser quelques questions. Enjoy !

PS : merci 1000 fois à Mélanie Fernandez, Global Digital Content Lead chez Banijay pour l'introduction avec Helen.

INTERVIEW

À quel moment avez-vous décidé que cela ne devait pas être simplement un format YouTube, mais une IP scalable et comment ce basculement a-t-il modifié la manière dont vous avez structuré le deal ?

Helen Cooper Greatorex, Head of Format Acquisitions, Banijay Group : Très tôt, Stop the Train s’est distingué par son concept fort, que l’on peut résumer en une seule phrase. Le projet repose sur un moteur physique et visuel puissant : un lieu unique en mouvement, une mise en danger progressive et un objectif très clair, précisément les éléments qui permettent à un format de voyager.
De plus, le fait qu’il s’agisse d’un projet “digital-first” signifiait qu’il existait déjà des données attestant de son succès, ainsi que de sa portée auprès du public, et un buzz tangible et significatif en France. Cette combinaison l’a immédiatement positionné comme autre chose qu’une simple expérience YouTube ponctuelle.
Lorsque les “beats” fondamentaux sont solides, nous savons qu’une idée peut être adaptée à différentes plateformes, durées d’épisodes et niveaux de budget. Nous avons rapidement identifié un potentiel clair pour jouer sur l’échelle, le rythme et le casting que ce soit sous forme de divertissement porté par des influenceurs ou des célébrités, ou comme une télévision premium, événementielle.
Dans ce cas précis, le digital n’était pas la destination finale, mais la preuve de concept. YouTube constituait un terrain éprouvé permettant au format de démontrer engagement, fanbase et répétabilité avant de passer à l’échelle.
Cette vision a directement influencé la structuration du deal. Dès le départ, Stop the Train a été envisagé comme un format destiné à voyager, et non à servir une audience dans une seule fenêtre de diffusion. L’économie du deal a été pensée pour garantir un alignement lorsque le format s’étend à d’autres territoires, à des formats plus longs ou à des adaptations à budget plus élevé permettant à toutes les parties de bénéficier de la croissance de l’IP.

Quelle est la chose sur laquelle Squeezie n’aurait pas transigé, et comment cette contrainte a-t-elle redéfini la négociation ?